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Normal / Pathologique

Dans le vocabulaire médical, l’adjectif « normal » désigne tout ce qui rentre dans la norme. L’adjectif « pathologique » qualifie, quant à lui, ce qui sort de la normalité.


Un article de cette encyclopédie oppose la pathologie à la thérapeutique. Dans celui-ci sont mis en opposition deux adjectifs qui s’excluent l’un l’autre : en effet, par définition tout ce qui est pathologique n’est pas normal ; mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai (l’anormal n’est pas toujours pathologique).

Le contraire de la maladie, ce n’est pas la normalité, mais la santé. S’il est vrai que « pathologique » équivaut à quelques réserves près à « atteint d’une maladie », alors le contraire de pathologique, ce n’est pas « normal » mais « sain ».

« Le normal et le pathologique » est également le nom d’un livre célèbre du médecin et épistémologue Georges Canguilhem  (l’épistémologie désigne l’étude des sciences d’un point de vue philosophique).


Norme, normal, normalité, anomalie

Le normal et le pathologiqueNorme vient du latin norma, qui désigne une équerre. Mais le sens de ce mot dépend du domaine dans lequel il est employé : on connaît par exemple les « écoles normales », qui formaient autrefois les instituteurs, et l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, familièrement abrégée en « Normale Sup », d’où sont sortis de grands noms des lettres ou de la philosophie, comme Jean Paul Sartre ou Georges Canguilhem cité plus haut. En chimie, on emploie l’expression « solution normale » avec un sens spécifique ; en mathématiques également, le mot normal (appliqué par exemple à une droite, un vecteur ou un plan) a de nombreuses significations, assez différentes du sens usuel de cet adjectif.

Mais je ne détaillerai ici que le sens de ces mots dans le domaine médical proprement dit, ainsi que dans celui de la psychologie. En médecine, on emploie également l’adjectif physiologique comme synonyme de normal, c'est-à-dire conforme à la physiologie.

La science médicale recourt fréquemment aux statistiques et à la théorie des probabilités, et en particulier à la « loi normale », dont la représentation graphique est la célèbre « courbe de Gauss » ou « courbe en cloche ». Toutes les valeurs comprises à l’intérieur de cette courbe sont considérés comme normales. Le sommet de la courbe définit une notion statistique importante, la « moyenne ». Et d’ailleurs, « être dans la moyenne » est un des sens possibles de l’expression  « être normal ».

Courbe de Gauss appliquée au QI

Courbe de GaussPrenons deux exemples très simples pour éclaircir ces notions de normalité et de moyenne : le poids et la taille. Dans une population donnée, il n’y a pas de taille normale, mais une taille moyenne, qui est légèrement supérieure chez l’homme (autour de 1,80 m) que chez la femme (approximativement 1,65 m). Cette taille moyenne augmente régulièrement, de sorte qu’elle est beaucoup plus élevée qu’il y a un siècle. Les gens très petits ou très grands sortent de la moyenne, sans que cela soit nécessairement pathologique.

Obésité

Pour ce qui est du poids, il existe un poids « idéal » que l’on peut considérer comme le poids normal. Ce poids est considéré comme normal car il est corrélé avec la meilleure santé possible. On le calcule en divisant le poids par le carré de la taille, ce qui donne une valeur que l’on appelle l’IMC (Indice de masse corporelle). La corpulence d’un sujet est considérée comme normale quand l’IMC est compris entre 18,5 et 25 ; de 25 à 30, il s’agit d’un simple surpoids ; au-delà de 30, c’est l’obésité, avec des qualificatifs allant de « modérée » à « morbide », pour un IMC supérieur à 40. Avec la progression alarmante de l’obésité dans les pays développés le poids moyen de la population augmente régulièrement, en s’éloignant de plus en plus du poids dit normal.

Autre exemple, la température corporelle : sa valeur normale est de 37° le matin, et de 37,5° le soir ; mais certaines personnes sont tout-à-fait normales avec des valeurs légèrement différentes, comme 36,5° le matin et 37° le soir, ou, à l’inverse, 37,5° le matin et 38° le soir.

On le voit, il est plus facile d’édicter des normes quand on peut quantifier une notion, comme c’est le cas en biologie. A l’inverse parler de normalité en psychologie est nettement plus difficile.

Anormal ou pathologique ?

En premier lieu, il convient de définir la pathologie, pour comprendre ce que veut dire pathologique.

Stricto sensu, la pathologie (du grec pathos, souffrance, et logos, discours) c’est l’étude des maladies. Mais, bien que cela soit incorrect, la tendance actuelle est d’utiliser ce mot comme synonyme de maladie : on dira par exemple d’un sujet atteint de la maladie d’Alzheimer qu’il souffre d’une « pathologie neuro-dégénérative ». C’est ce qui explique que l’adjectif « pathologique » signifie en règle générale « relatif à une maladie », comme dans l’expression « état pathologique ».

Basketteru américain

 

Pour mieux comprendre la différence entre anormal et  pathologique, je reprends mon exemple de la taille : certaines personnes peuvent avoir une taille anormalement grande ou petite, c’est-à-dire éloignée de la taille moyenne, sans que cela ne soit pathologique : les basketteurs professionnels mesurant autour de 2,20m ne sont pas dans la norme, mais ne sont pas malades ; en revanche, il existe des cas de gigantisme ou de nanisme d’origine hormonale qui sont clairement pathologiques.

 

Valeurs normales en biologie 

Quant un médecin prescrit un bilan biologique, il demande au laboratoire d’analyses médicales de mesurer un certain nombre de paramètres, que l’on désigne sous le vocable de « constantes ». Pour la clarté de l’exposé, supposons que la constante en question soit la mesure de la glycémie, autrement dit le taux de glucose (sucre) dans le sang. La glycémie peut être mesurée à jeun ou en postprandial (après un repas) ; le résultat peut être exprimé en grammes par litre (g/l) ou en millimoles par litre (mmol/l). La valeur normale de la glycémie varie de 0,74 g/l (4,04 mmol/l) à 1,06 g/l (5,83 mmol/l), ces deux valeurs extrêmes représentant l’amplitude de la valeur normale ; dans ce cas précis, la borne haute est supérieure à la borne basse de 50%. En dessous de 0,74 g/l, il s’agit d’une hypoglycémie ; au-dessus de 1,06 g/l on parle d’hyperglycémie. Le diabète débute, par convention, à 1,26 g/l. On en déduit qu’une glycémie comprise entre 1,07 g/l et 1,25 g/l est anormale, alors qu’à partir de 1,26 g/l on entre dans le domaine pathologique, celui du diabète.dosage de la glycémie

Ce qui vient d’être exposé pour la glycémie est valable pour toutes les constantes biologiques quantitatives : les valeurs normales sont comprises entre deux bornes (parfois la borne basse est égale à zéro) ; en-deçà et au-delà de ces bornes, il s’agit de valeurs anormales, puis de valeurs pathologiques quant s’éloigne trop des valeurs normales. Mais, pour certaines constantes, le pathologique démarre dès que l’on a franchi les bornes des valeurs normales, comme pour la kaliémie (taux de potassium sanguin) ou la natrémie (taux de sodium dans le sang) : dans ce cas n’y a qu’un pas entre les valeurs normales et les valeurs létales.

Pour d’autres examens, le résultat n’est pas quantitatif mais qualitatif ; les résultats sont alors du genre « positif » ou « négatif », comme pour un test de grossesse.

On parle également de valeurs « de références » pour désigner les valeurs normales. Quand le laboratoire d’analyses médicales rend ses résultats, les valeurs de référence figurent toujours sur le document. En effet, elles peuvent varier légèrement d’un laboratoire à l’autre, tout en restant identiques à elles-mêmes pour chaque laboratoire.

Autres constantes

MarathonienOn peut quantifier un certain nombre de paramètres, comme la fréquence cardiaque (le pouls), la pression artérielle (la tension), le rythme respiratoire, etc… Tous ces paramètres ont des valeurs normales, qui évoluent souvent avec l’âge et l’état du patient. Par exemple, un marathonien aura une fréquence cardiaque au repos très basse (bradycardie), ce qui lui permet une très grande adaptabilité à l’effort prolongé ; la bradycardie du sportif est certes une anomalie, mais nullement un état pathologique, bien au contraire.

 

La normalité psychologique (comportementale)

Qui est normal, qui est pathologique?Les Français ont élu en 2012 un président qui se voulait avant tout « normal », sa normalité revendiquée étant conçue comme l’exact contrepied des comportements de son prédécesseur, jugés excessifs (« l’hyper-président »). Deux ans après, les mêmes Français paraissent regretter  de n’avoir pas confié les rênes de la nation à un homme providentiel ! Ceci montre bien que, primo, il est difficile de savoir ce que l’on désire vraiment, secundo, que la normalité n’est pas souhaitable en toutes circonstances, du moins en matière de comportement ; tertio, qu’il n’est probablement pas possible, dans un pays comme le nôtre, toujours nostalgique de la monarchie, d’arriver au sommet de l’état  en restant une personne « normale ».                                    Président normal, candidat pathologique?

En revanche, les manifestations publiques de la jalousie de son ex-compagne en début demandat ont semblé plutôt pathologiques à l’ensemble des Français !                

Cette parenthèse politique et sociétale étant refermée, comment pourrait-on définir la normalité en matière de psychologie, domaine dans lequel les valeurs quantifiables n’ont plus cours ?

Personnalité normale et pathologiqueUne première approche pourrait être qualifiée de « statistique » : dans cette optique, les comportements majoritaires seraient considérés comme normaux, et les comportements minoritaires comme anormaux, voire « déviants ». On voit tout de suite les risques d’une telle vision, dans laquelle l’homosexualité, comportement minoritaire, serait prise pour une anomalie, ce qui ferait grincer bien des dents. En effet, après avoir été considérée, au fil des siècles, comme une maladie voire un crime, puis comme une déviance ou une perversion, l’homosexualité est actuellement envisagée comme une simple orientation sexuelle, normale quoique minoritaire.

Un autre exemple est celui des enfants dits « hyperactifs », dont on parle beaucoup actuellement, sans arriver à savoir s’il s’agit d’un trouble, donc à soigner, éventuellement avec des médicaments, ou d’un simple comportement minoritaire, à canaliser par des méthodes éducatives appropriées.

ObamacareUne autre approche pourrait être dite « culturelle » : certaines cultures mettent en avant des valeurs, comme l’égalité homme-femme, qui nous paraissent aller de soi comme normes universelles. Or on sait que le statut de la femme est très variable d’un univers culturel à l’autre. On pourrait multiplier les exemples à l’infini, mais je me contenterai d’un qui me semble significatif : en France, il nous paraît absolument normal que tout le monde (jusques et y compris les étrangers en situation irrégulière) puisse bénéficier d’une prise en charge efficace de la collectivité pour se faire soigner, et nous acceptons tous (enfin presque…) que cela soit financé par la solidarité nationale. Or, on a bien vu que si le Président Obama n’a pas vraiment réussi à faire voter ce qu’il est convenu d’appeler « l’Obamacare », c’est parce que les Américains sont majoritairement hostiles à cette notion de solidarité payée par tous. 

Et d’ailleurs, la première mesure envisagée par son successeur républicain a été d’abroger l’Obamacare. Mais il n’y est pas parvenu.

Personne normalePersonne paraissant "normale" sur le plan psychologique!

Troisième approche : la normalité « individuelle », dans laquelle le comportement habituel d’un sujet est considéré par son entourage comme sa norme personnelle. Par exemple, un individu habituellement calme et posé devient subitement violent ; on dira alors qu’il n’est pas « dans son état normal ». Cela peut parfois poser des problèmes de responsabilité pénale, si un meurtrier est considéré comme se trouvant, lors des faits incriminés, dans un état de folie passagère (donc hors de son état normal) qui le rendrait irresponsable de ses actes.

Selon le Pr H. Laborit, la  principale motivation d’un être humain est de « rester normal par rapport à soi-même », autrement dit de pouvoir, en toutes circonstances, agir conformément à ses propres pulsions. On mesure bien le danger pour la société d’une telle attitude.

Enfin, on peut envisager la normalité comme une bonne adaptabilité à l’environnement, qu’il soit familial ou professionnel. Ceux qui n’y arrivent pas ne sont pas nécessairement pathologiques, mais se retrouvent « en souffrance », pour employer une expression prisée en psychologie, et cette souffrance doit être prise en compte.

Article publié le 24 novembre 2014

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