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Drogue / Psychotrope / Stupéfiant / Toxique

Ces quatre termes se chevauchent en termes de signification, avec, cependant, un sens bien différencié pour chacun d’entre eux.


Avec la drogue, les stupéfiants, les psychotropes et les toxiques, nous sommes  aux confins de la médecine, notamment de l’addictologie, et de la criminologie. 


Drogue

Une bonne définition du mot drogue est difficile à trouver. La plus pertinente, car la plus simple, pourrait être celle de l’Institut de santé publique belge, selon laquelle une drogue est une substance psycho-active utilisée à des fins non médicales. Mais cette définition est un peu restrictive pour trois raisons : la première est qu’elle ne fait pas référence à une possible addiction ; la deuxième, que certaines drogues ont un usage médical ; et la dernière, que, toute chose ou situation susceptible de provoquer un état de dépendance (une addiction) peut être qualifiée de drogue, qui n’est donc pas nécessairement une substance.

Si l’on s’en tient à une définition restreinte, dans laquelle la drogue est une substance à usage non médical, on peut différencier des drogues « dures », les plus dangereuses, et des drogues « douces » ; on peut aussi faire un distinguo entre les drogues légales, comme le tabac ou l’alcool, que le commun des mortels ne considère pas habituellement comme telles, et les drogues illégales, également appelées stupéfiants, comme la cocaïne ou l’héroïne. Pour compliquer un peu les choses, certaines drogues comme le cannabis sont légales dans certains pays, illégales dans d’autres.

On utilise parfois le terme de drogue pour désigner certaines substances médicamenteuses utilisées en particulier en anesthésie : les drogues anesthésiques. Cet emploi du mot ne correspond pas tout-à-fait à la définition telle qu’elle a été donnée ci-dessus. Ceux de ces produits qui peuvent créer une dépendance, comme la morphine, sont alors qualifiés de toxiques, et sont rangés dans une armoire à toxiques, selon la terminologie consacrée.

Si l’on prend la définition d’une drogue au sens large, le sexe et le jeu peuvent aussi être considérés comme des drogues, bien qu’il ne s’agisse pas de substances.

Droguer et se droguer

Le verbe transitif droguer peut avoir deux acceptions : soit donner à un patient un médicament à forte dose dans un but thérapeutique (droguer un patient aux neuroleptiques), soit faire ingérer à quelqu’un, dans un but malveillant,  une substance psycho-active : on peut droguer quelqu’un avec du GHB (la drogue dite du violeur).

Mais la plupart du temps le drogué (que l’on appelle  toxicomane ou  junkie) n’a besoin de personne pour se droguer (verbe pronominal), si ce n’est du dealer à qui il achète sa drogue (sa « dope »).

Psychotrope ou substance psycho-active

Étymologiquement, un psychotrope est une substance qui donne une direction (un trope) à l’esprit. Selon Jean Delay, on appelle psychotrope une substance chimique d’origine naturelle ou artificielle, qui a un tropisme psychologique, c’est-à-dire qui est susceptible de modifier l’activité mentale, sans préjuger du type de cette modification. On parle également de substance psycho-active.

L’alcool, la nicotine du tabac, la caféine, le tétrahydrocannabinol du cannabis sont des psychotropes naturels, largement consommés à cause de ou en dépit de cet effet psycho-actif.

Les médicaments psychotropes sont regroupés en trois familles thérapeutiques en fonction de l’influence qu’ils exercent sur l’activité cérébrale : les psycholeptiques la ralentissent; les psychoanaleptiques la stimulent ; enfin, les psychodysleptiques (les substances hallucinogènes, comme le célèbre LSD) la modifient, la plupart de ces derniers étant considérés comme des drogues.

En thérapeutique, les psychotropes sont utilisés pour traiter les troubles psychiques : les antidépresseurs sont employés dans les états dépressifs, les hypnotiques contre les troubles du sommeil, les thymorégulateurs pour améliorer les troubles bipolaires, les antipsychotiques et les neuroleptiquespour traiter les psychoses, etc.

Stupéfiant

Chacun a en tête l’usage du mot stupéfiant en droit et en criminologie. Ce terme désigne des substances toxiques, autrement dit des drogues, qui font l’objet de trafics divers et variés. A ce titre, le cannabis est considéré en France comme un stupéfiant, car c’est une drogue illégale,  mais pas le tabac, en vente libre bien qu’il soit tout aussi dangereux pour la santé, et tout aussi addictif que le cannabis.

Dans le domaine médical, un stupéfiant désigne un produit de type morphinique, largement utilisé en anesthésie et en algologie (prise en charge de la douleur chronique), et susceptible de créer une accoutumance (une addiction). Comme on l’a vu dans les autres paragraphes, on parle également de drogue, de toxique, ou encore de psychotrope.

On notera que ce substantif est initialement le participe présent du verbe stupéfier. Le participe passé de ce verbe est stupéfié, que l’on ne confondra pas avec l’adjectif stupéfait : on est stupéfait de quelque chose, mais stupéfié par quelque chose. Stupéfiant, n’est-ce pas ?

Toxique,  toxicologie et toxicomanie

Toxique est un adjectif et un substantif (adjectif substantivé) que l’on ne confondra pas avec toxine (cf. l’article consacré à ce mot). Toxique est tout simplement synonyme de poison : une substance toxique est, par définition, dangereuse, voire mortelle, pour une ou plusieurs espèces, dont l’homme.

On utilise aussi l’adjectif substantivé  toxique  pour désigner les drogues employées en analgésie et en anesthésie. Ces toxiques sont gardés dans une armoire à toxiques fermée à clé, pour éviter les vols.

La spécialité médicale qui traite des problèmes liés aux effets toxiques des substances est la toxicologie. Cette discipline est exercée par des médecins toxicologues, qui réalisent, entre autres choses, des analyses toxicologiques.

Un toxicomane (un « toxico » en langage familier, ou encore un junkie) est une personne qui souffre d’addiction à une drogue dure. Les médecins qui prennent en charge la toxicomanie, dans l’espoir souvent déçu d’aboutir à une désintoxication,  sont des addictologues.

Addiction et addictologie

Addiction est un anglicisme utilisé pour désigner la dépendance d’un individu à une substance ou une activité génératrice de plaisir, dont il ne peut  plus se passer, et cela malgré l’envie d’arrêter qu’il peut éventuellement ressentir.

On décrit de très nombreuses addictions, chacune d’entre elles pouvant comporter des risques sanitaires potentiellement majeurs : drogues (dures et moins dures), tabac, alcool, achats compulsifs, jeux d’argent ou jeux vidéo… Le sexe aussi peut être une addiction, peut-être moins dangereuse que les autres ?

La personne qui souffre d’une addiction est souvent désignée par le mot anglais addict, qui est à la fois un adjectif et un substantif (adjectif substantivé). Mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas d’équivalent français satisfaisant à cet anglicisme largement employé.

Une substance ou une activité génératrice d’addiction est dite addictive ou addictogène (comme l’effet addictogène de certains médicaments). D’une manière générale, la société de consommation peut être considérée comme addictogène, puisqu’elle incite à consommer toujours d’avantage.

Pour se désaccoutumer, les addicts peuvent avoir recours aux services d’un addictologue, médecin spécialisé en addictologie. L’addictologue qui s’occupe du tabagisme est un tabacologue.

Un article de cette encyclopédie traite de l’addiction et de l’accoutumance, qui sont deux notions proches mais néanmoins distinctes.

Sevrage et abstinence

S’il est déjà difficile de s’affranchir d’une addiction comme  l’alcoolisme ou le tabagisme par le sevrage, pour aboutir à l’abstinence durable, c’est bien pire encore pour les accros aux drogues dures, les véritables toxicomanes, quand ils acceptent le principe d’une cure de désintoxication (rien à voir avec la détoxification, la fameuse « cure détox » !).

La désintoxication est la forme ultime du sevrage, pour laquelle on a souvent recours à un traitement de substitution aux opiacés (TSO).

Traitement de substitution aux opiacés

Le TSO est une modalité thérapeutique destinée uniquement aux sujets pharmacodépendants aux opiacés, en pratique les sujets souffrant d’une addiction à l’héroïne ou aux morphiniques. On utilise pour cela des opiacés de substitution, la méthadone et la buphrénorphine (Subutex®). Le principe est de remplacer une pratique illégale et à risque par une autre, légale et encadrée, qui permet aussi de substituer une équipe médico-sociale à l’environnement habituel du toxicomane que sont les autres consommateurs et surtout les dealers.

La substitution permet d’envisager une évolution positive vers l’abstinence par des moyens moins brutaux que le sevrage, tout comme les patchs de nicotine aident le tabagique à éviter les effets du  manque nicotinique. Mais tous les sujets traités ne deviendront pas abstinents, et pour certains, la substitution n’aura pas de fin.

Polémiques autour de la drogue : dépénalisation du cannabis et salles de shoot

Le trafic de stupéfiants et la consommation exponentielle de drogues douces et dures posent des problèmes insolubles, dans la mesure où aucune solution ne semble adaptée. Parmi celles qui sont régulièrement envisagées, la dépénalisation du cannabis est un serpent de mer qui refait surface à chaque échéance électorale. Il s’agit d’une proposition minoritaire dans l’opinion, fondée sur l’idée que le trafic s’arrêterait s’il n’y avait plus rien à trafiquer, un peu comme cela s’est passé à la fin de la prohibition aux Etats-Unis.

Une autre proposition vient d’aboutir avec la création de la première salle de shoot dans le Xème arrondissement de Paris, en octobre 2016. Puisque l’on est impuissant à stopper la consommation de drogues dures, autant permettre aux toxicos de le faire dans des conditions propres à leur éviter les maladies dues à des virus transmissibles par voie veineuse, comme celui de l’hépatite ou le VIH. De plus, si une overdose survient, elle pourra être prise en charge médicalement dans les meilleurs délais. 

Là encore, cette initiative est très loin de faire consensus.

Overdose ou surdose

Surdose en français, overdose en franglais, ces deux termes désignent la même réalité, mais overdose a tendance à être employé pour les accidents de toxicomanie, alors que surdose est plutôt réservé à un dosage médicamenteux excessif. En effet, surdose (ou surdosage) implique qu’il existe une dose de sécurité, ce qui est le cas des médicaments, mais pas des drogues, car il ne saurait y avoir de sécurité en la matière.

En ce qui concerne la toxicomanie, à part certains cas de suicide par consommation d’une dose excessive, l’overdose est due soit à la présence de produits de coupe, soit à des mélanges, volontaires ou pas, de produits ayant les mêmes effets et potentialisant leur action. Dans le cas d’overdose due à des produits de coupe, il s’agit plutôt d’un empoisonnement que d’une surdose.

Quoi qu’il en soit, l’overdose est une modalité fréquente de décès chez les toxicomanes, notamment les héroïnomanes.

Article publié le 3 octobre 2016

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