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Psychanalyse / Psychiatrie / Psychologie / Psychothérapie

Ces quatre termes décrivent autant de façons différentes d’aborder l’étude du psychisme, également appelé la psyché en psychologie analytique.


Compte tenu de l’étendue des questions soulevées par l’étude du psychisme, cet article ne peut être qu’un survol des notions essentielles.
Dans son célèbre ouvrage Le normal et le pathologique, paru en 1966, le médecin et philosophe Georges Canguilhem, spécialiste d’épistémologie médicale, écrivait ceci : « Il est intéressant de remarquer que les psychiatres contemporains (texte écrit en 1943) ont opéré dans leur propre discipline une rectification et une mise au point des concepts de normal et de pathologique, dont il ne paraît pas que les médecins et les physiologistes se soient bien soucier (sic !) de tirer une leçon en ce qui les concerne. Peut-être faut-il en chercher la raison dans les relations habituellement plus étroites de la psychiatrie avec la philosophie par l’intermédiaire de la psychologie ». Ce coup de chapeau aux spécialistes du psychisme me semble remarquable. Est-il toujours d’actualité ?


Psychisme et psyché

Psyché est un personnage féminin de la mythologie grecque, élevé au rang de déesse. Ses aventures humaines sont racontées dans un roman écrit par Apulée au premier siècle après J.C, intitulé les Métamorphoses.
Le mot psyché vient du verbe grec psukhein, qui veut dire souffler ; on le traduit habituellement par « âme », ou par « esprit », mais ces deux termes ont une connotation plutôt religieuse (« le souffle divin »), d’où l’utilisation préférentielle de psyché ou de psychisme pour parler des phénomènes psychiques. Psyché s’oppose à soma, le corps. Les deux termes sont réunis dans l’adjectif psychosomatique, pour qualifier l’influence du psychique sur le somatique.
En effet le sens de psyché qui nous occupe ici est celui utilisé en psychologie analytique, où il désigne l’intégralité des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité et de l'intellect humain. On emploie assez indifféremment les termes psyché et psychisme.
Mais, dans la mesure où les anglo-saxons utilisent volontiers le mot « mind », dont « esprit » est la traduction française, ce dernier terme connaît un retour en grâce. On se souvient des derniers vœux télévisés de François Mitterrand, dans lesquels il prononçait cette phrase assez sibylline et plutôt surprenante : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ». 

Psychologie

Le terme « psychologie » est beaucoup plus ancien que ce que l’on pourrait imaginer. En effet, il apparaît, en latin, en 1574 sous la plume du philosophe scholastique allemand Thomas Freig, pour désigner l’étude de l’esprit, ce qui est toujours peu ou prou le sens de ce mot.

La psychologie appartient au vaste domaine des « sciences humaines ». C’est l’étude scientifique des faits psychiques, des comportements ainsi que des processus mentaux. Elle s’appuie notamment sur des études statistiques et des expériences dont certaines sont très connues, comme la fameuse expérience de Milgram. Ce psychologue américain avait montré au début des années 60 que la soumission à l’autorité scientifique incarnée par la « blouse blanche » pouvait amener n’importe quel individu à devenir un tortionnaire. Cette expérience assez terrifiante a été bien montrée dans le film I comme Icare d’Henri Verneuil, avec Roger Planchon dans le rôle du professeur de psychologie menant l’expérience devant Yves Montand, le héros du film, et acteur involontaire de l’expérience dans la mesure où il lui faut pas mal de temps pour s’en indigner.
La psychologie est une discipline exercée par des psychologues, qui ne sont ni des médecins ni des paramédicaux. Mais ce sont des soignants quand ils prennent en charge un individu en souffrance, dans le cadre de la psychologie clinique.
Au niveau d’une population, la psychologie cherche à déterminer en quoi les facteurs environnementaux peuvent amener à des comportements plus ou moins éloignés de ce qui est considéré comme la  norme. Par exemple, la psychologie essaiera de comprendre pourquoi le comportement des individus change quand ils sont immergés au sein d’une foule.
A l’échelon d’un individu donné, on parle de « psychologie clinique », ou de « psychopathologie », qui n’est ni la psychanalyse, ni la psychiatrie. Il s'agit d'un ensemble de techniques mises à la disposition du psychologue  clinicien qui visent à prendre en compte les symptômes psychiques du sujet pour obtenir leur atténuation ou leur disparition. Certains exemples sont bien connus : le travail sur le deuil ou  les phobies,  le repérage et la prise en charge du burn out, ou encore les fameuses cellules de soutien psychologique mises en place lors de toutes les catastrophes, et dont les médias nous informent systématiquement. Toutes ces techniques entrent dans le cadre de la psychothérapie.
Psychologue est soit un adjectif substantivé, et désigne alors un individu pratiquant la psychologie, soit un adjectif, qui qualifie le comportement des personnes qui font preuve de finesse et de compréhension dans leurs rapports avec les autres. « Être psychologue » » fait partie des qualités que l’on est en droit d’attendre d’un soignant.

Psychothérapie

Littéralement « thérapie de (ou par) la psyché », la psychothérapie désigne l’ensemble des techniques  de traitement ou d’accompagnement d’une ou de plusieurs personnes souffrant de troubles psychologiques par un professionnel formé à ces méthodes, le (ou la) psychothérapeute (on dit souvent, en abrégé, le « thérapeute »).
La psychothérapie n’est pas une discipline médicale, et les psychothérapeutes, quelle que soit l’obédience à laquelle ils appartiennent, ne sont pas des médecins ; de ce fait, il leur est interdit de poser un diagnostic, ce qui constituerait un exercice illégal de la médecine, et de prescrire des médicaments.
Il existe un grand nombre de pratiques en psychothérapie, basées sur des approches théoriques très différentes, et qui peuvent même être contradictoires, mais elles reposent quasiment toutes sur la création d’une relation interpersonnelle entre le patient et son psychothérapeute, relation garantie par un contrat explicite de soins, qu’il soit écrit ou oral.
La psychothérapie ne doit pas être confondue avec des pratiques de coaching et de développement personnel, très en vogue actuellement.
L’exercice professionnel des psychothérapeutes, qui doivent être titulaires d’un diplôme spécifique, dépend de l’Agence régionale de santé (ARS) de l’endroit où ils exercent. Ils partagent avec d’autres professionnels la prise en charge des problèmes psychiques : les psychiatres, les psychanalystes, les psychologues. Les psychiatres et certains psychanalystes sont les seuls d’entre eux à être médecins.
Différentes approches psychothérapiques sont utilisées en pratique courante : psychothérapies psychanalytiques, thérapies cognitivo-comportementales, thérapie systémique et École de Palo Alto, thérapies humanistes (Gestalt-thérapie, analyse transactionnelle, programmation neurolinguistique (PNL), thérapies brèves, hypnothérapie, etc.).
Par ailleurs, la psychothérapie peut être individuelle, de couple, de groupe. Bref, il y en a pour tous les goûts et toutes les situations.

Psychiatrie

La psychiatrie est la spécialité médicale qui traite des maladies mentales, essentiellement les névroses et les psychoses. Elle est exercée par des psychiatres, nécessairement médecins, contrairement aux psychanalystes et aux psychologues.
Des services de psychiatrie existent dans les hôpitaux généraux, mais, en règle générale, les patients qui ont besoin d’être hospitalisés en psychiatrie le sont dans des établissements dédiés à cette spécialité, les hôpitaux psychiatriques. La psychiatrie est la seule discipline dans laquelle il est permis d’hospitaliser un patient sans son consentement : c’est « l’hospitalisation sous contrainte ».
Il existe des hyperspécialisations que sont la pédopsychiatrie (pour les enfants), la psychogériatrie (pour les personnes âgées). Quant à la neuropsychiatrie, elle n’existe plus depuis 1968, les deux disciplines de neurologie et de psychiatrie, qui pouvaient être pratiquées conjointement jusque-là, ayant été scindées à cette date. Dans les pays anglo-saxons, la neuropsychiatrie prend en charge les troubles mentaux des maladies neurologiques.
Les maladies mentales peuvent être identifiées selon deux types de classification: le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, appelé DSM en anglais, proposé par l’Association américaine de psychiatrie, et la Classification internationale de maladies, la CIM, qui en est toujours en 2018 à sa 10ème version (CIM 10). Cette classification globale des maladies est élaborée et mise à jour par l’OMS.
Ces classifications permettent entre autre de tenter de faire la différence entre le normal et le pathologique, distinction pas toujours évidente en ce qui concerne les symptômes mentaux : l’hyperactivité de certains enfants, dont on parle beaucoup actuellement, est-elle normale ou  pathologique ? Tenter de répondre à cette question alimente de nombreuses polémiques, dans la mesure où, si c’est pathologique, cela ouvre la voie à l’utilisation de toutes sortes de médicaments disponibles sur le marché. De même, l’autisme et les troubles du spectre autistique sont actuellement considérés comme un handicap, et ne relèvent donc plus de la psychiatrie.
Un autre exemple connu de frontière floue entre le normal et le pathologique : dans l’ex-URSS, les dissidents étaient internés en hôpital psychiatrique. La raison invoquée nous paraît stupéfiante : quiconque contestait l’idéologie communiste ne pouvait pas être, aux yeux des dirigeants du pays, un individu normal, mais nécessairement quelqu’un de dérangé mentalement, atteint d’une pathologie psychiatrique qu’il fallait traiter par la « rééducation ».
Certains mots ont disparu du vocabulaire psychiatrique, sous l’influence grandissante du politiquement correct : on ne parle plus de fou ni de folie, et le philosophe Michel Foucault ne pourrait plus, de nos jours, intituler sa thèse de doctorat d’État « Histoire de la folie à l’âge classique ». De même on ne parle plus d’asile ni d’aliéné ou de déséquilibré, mais d’hôpital psychiatrique et de malade mental.

Médicaments psychotropes

Un médicament psychotrope, ou, plus simplement un psychotrope, est une substance qui donne une direction, un « trope » à l’esprit. Selon le Pr Jean Delay, l’initiateur de ces traitements, « on appelle psychotrope une substance chimique d’origine naturelle ou artificielle, qui a un tropisme psychologique, c’est-à-dire qui est susceptible de modifier l’activité mentale, sans préjuger du type de cette modification ».
L’alcool, la nicotine contenue dans le tabac, les cannabinoïdes (dont le tétrahydrocannabinol, THC) du cannabis et même l’innocente caféine sont des psychotropes naturels.
Les médicaments psychotropes sont regroupés en trois familles, en fonction de leur action sur l’activité cérébrale : les molécules qui la ralentissent sont des psycholeptiques ; celles qui la stimulent sont des psychoanaleptiques ; enfin, celles qui la modifient sont des psychodysleptiques (hallucinogènes), la plupart d’entre ces dernières étant considérées comme des drogues.
En thérapeutique, les médicaments psychotropes sont utilisés pour traiter toutes sortes de troubles psychiques : les états dépressifs (antidépresseurs), les troubles du sommeil (hypnotiques), les troubles bipolaires (thymorégulateurs), les psychoses (antipsychotiques et neuroleptiques), etc.

Psychanalyse

L’inventeur de la psychanalyse le très célèbre neurologue viennois Sigmund Freund, a donné de sa découverte une définition en trois points, brièvement résumés ici :
1) un procédé d’investigation des phénomènes psychiques ;
2) une méthode de traitement des troubles névrotiques ou psychotiques fondée sur cette investigation : la « cure psychanalytique » ;
3) une série de concepts sur le psychisme (la première topique, puis la seconde topique) qui aboutit à la constitution d’une nouvelle discipline prétendument scientifique.
La psychanalyse, dont les débuts remontent à la fin du XIXème siècle (initialement appelée psycho-analyse), n’est ni une science exacte, comme le croient dur comme fer certains de ses adeptes les plus fervents, ni une religion laïque, comme le pensent certains de ses détracteurs les plus féroces, notamment le philosophe Michel Onfray. Il s’agit essentiellement d’une technique, exercée par des psychanalystes, qui peuvent être médecins, parfois psychiatres, mais aussi par des non médecins. Ce n’est pas, au sens strict du terme, une discipline médicale, même si les gens qui suivent une cure psychanalytique sont des « patients ».
La condition sine qua non pour être psychanalyste est d’avoir été soi-même psychanalysé préalablement, condition que, forcément, son inventeur n’a pas pu s’appliquer à lui-même.
Déjà du vivant de Freud, la psychanalyse a évolué en différents courants, appelés « écoles », avec de vives polémiques et des          « excommunications », ce qui accentue le parallèle fait par certains avec les religions.
Le grand homme de la psychanalyse en France est Jacques Lacan, dont la disciple la plus connue est Françoise Dolto, célèbre pédopsychiatre.
Comme le terme de psychanalyse est un peu long à énoncer, on a tendance à l’abréger en « analyse » (patient en analyse), mais on parle également de « thérapie ». Le psychanalyste devient donc un analyste, mais aussi un « thérapeute ». Quant au patient qui suit une analyse, on le qualifie parfois de « thérapisant ».

Le « psy »

Nous raffolons d’abréviations, et le « psy » est une des plus employées, dans des expressions comme « tu devrais aller voir un psy », qui est rarement une amabilité dans l’esprit de celui qui prononce cette sentence définitive. On notera cependant que lorsqu’une personne parle de « son psy », il peut s’agir selon le cas de son psychiatre, de son psychanalyste, de son psychologue ou de son psychothérapeute. Les patients ne font pas toujours bien la différence entre ces différents « psys », et sont parfois réticents quand on leur propose l’aide d’un psychologue, qu’ils assimilent volontiers à un psychiatre, dont ils pensent n’avoir nul besoin.

La psychanalyse au cinéma et dans la littérature

Les troubles psychiques en général, et la  psychanalyse en particulier, sont un thème très souvent exploité par le cinéma. On pense évidemment en premier lieu à Woody Allen, lui-même en analyse prolongée (à vie ?), et dont nombre de personnages, notamment ceux qu’il interprète lui-même, sont en analyse. Mais il existe d’autres grands réalisateurs qui ont abordé ce thème, notamment Alfred Hitchcock par deux fois (La maison du Dr Edwardes et Pas de printemps pour Marnie). Plus récemment, Shutter Island de Martin Scorsese ou Will Hunting de Gus van Sant ont été de grands succès. Un film entier, Princesse Marie, a même été consacré par Benoît Jacquot à l’une des élèves préférées de Freud, la princesse Marie Bonaparte, interprétée par Catherine Deneuve. On pourrait multiplier les exemples pendant encore longtemps.
En littérature aussi on pourrait citer de nombreux livres qui traitent de la psychanalyse. Je voudrais juste citer l’écrivain américain Irvin Yalom, également psychothérapeute et professeur émérite de psychiatrie. Il est l’auteur de livres fascinants sur son activité de soignant, comme Mensonges sur le divan, et aussi de romans dans lesquels il utilise comme personnages de fiction des philosophes célèbres comme Nietzsche (Et Nietzsche a pleuré), Schopenhauer (La méthode Schopenhauer), ou Spinoza (Le problème Spinoza). Il a également joué son propre rôle dans un film de 2015 inspiré par son œuvre, intitulé Irvin Yalom, la thérapie du bonheur.            Tout un programme…

Article publié le 13 août 2018

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