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02 La maladie, les médecins et moi. / A Le diagnostic 2: les étapes du diagnostic

La maladie, les médecins et moi

Le parcours d’un patient

Première partie : le diagnostic


Chapitre 2 : les étapes du diagnostic

Mon histoire a commencé il y a cinq ans. Un jour, j’ai constaté la présence de sang rouge dans mes selles. J’ai consulté mon encyclopédie médicale, et j’ai appris que ce symptôme* s’appelle une rectorragie*. La plupart du temps, ce n’est pas grave, cela étant provoqué par des hémorroïdes* en poussée. Mais il est fortement conseillé de consulter, car cela peut être plus sérieux, comme la présence d’un polype* colique, voire d’un cancer du côlon. Un polype, justement on m’en avait diagnostiqué un par une coloscopie*. Ce n’était pas un dépistage* de masse tel qu’il est organisé à partir de 50 ans, mais un dépistage orienté parce qu’on venait de découvrir des polypes à mon frère aîné. Le gastro-entérologue* me l’avait retiré lors du même examen : polypectomie  endoscopique *, c’est comme cela qu’il avait appelé ce geste banal.

Le gastro m’avait expliqué que j’étais dans le groupe « à bas risque », car il n’y avait qu’un seul polype, de petite taille, avec des modifications histologiques* appelées dysplasie* qualifiées de modérées. Dans ces conditions, une nouvelle coloscopie était préconisée dans cinq ans selon les recommandations internationales. Si j’avais été dans le groupe « à haut risque », le délai avant la coloscopie de contrôle aurait était de trois ans. Je n’étais donc pas particulièrement anxieux, mais  bien décidé à ne pas traîner pour trouver la cause de cette rectorragie, qui, d’ailleurs, ne s’est produite qu’une seule fois. Au pire, on avancerait la date de la coloscopie de contrôle. Jusque là, j’avais toujours joui d’une excellente santé. Cela n’allait hélas pas durer, mais je ne le savais pas encore.

Je suis donc allé voir mon médecin traitant, le Dr Alain R. C’est mon médecin traitant depuis longtemps. Comme je ne suis jamais malade, et que je ne suis nullement hypocondriaque* (je détesterais l’être), je n’encombre pas beaucoup sa salle d’attente. Je l’aime bien ; c’est un type sympa, assez jovial et expansif (en somme tout le contraire de moi). Et puis surtout, il possède ce que l’on appelle un excellent « sens clinique* », et aussi un solide bon sens tout court. J’apprécie qu’il soit ponctuel, tout comme je le suis. Je déteste attendre et encore plus faire attendre. Heureusement, il est, du moins me semble-t-il, assez loin de la retraite. Je n’aimerais pas avoir à en changer. En fait, je ne connais pas son âge.

J’étais le médecin traitant de Claude L. depuis des années ; je viens d’apprendre son décès. Je ne le voyais pas très souvent, d’une part parce qu’il était rarement malade, d’autre part parce qu’il n’était pas comme tous ces hypocondriaques qui s’imaginent qu’ils vont mourir tous les huit jours au moindre bobo. Je n’aime pas tellement m’occuper d’hypocondriaques, parce que l’hypocondrie est le contraire de la rationalité, et, comme la plupart des médecins, j’apprécie avant tout les comportements rationnels. Sinon, je pratiquerais les médecines dites alternatives*, d’autant que de plus en plus de patients ne jurent que par elles. Cela dit, la vie des hypocondriaques doit être un enfer, et nul n’aimerait vivre ce qu’ils endurent au quotidien. Et puis, un hypocondriaque peut attraper une vraie maladie, à côté de laquelle on risquerait de passer à pieds joints. Rien que d’y penser, ça me fait flipper…

C’était un patient extrêmement intéressant, très cultivé, professeur de philosophie dans un grand lycée, avec l’avantage sur la plupart des enseignants que je soigne d’accepter sans problème l’inversion de son statut : dans mon cabinet, c’était moi « le maître », en fait l’expert*, même si ce terme peut paraître grandiloquent, et lui « l’élève », si je puis dire. Il était aussi ponctuel que moi, ce qui n’est pas peu dire. Bref, un patient idéal. Je l’aimais bien, et sa mort m’attriste beaucoup. Je vais me manifester auprès de Marie, son épouse.

Je me souviens très bien qu’il était venu me voir il y a à peu près cinq ans, pour me signaler qu’il avait décelé des traces de sang dans ses selles, ce que nous appelons des rectorragies. Il avait subi une polypectomie endoscopique (l’ablation d’un polype du sigmoïde par coloscopie) trois ans auparavant, et il s’agissait d’une forme bénigne. Cette coloscopie n’entrait pas dans le cadre d’un dépistage de masse, mais avait été proposée en raison d’antécédents familiaux (un frère aîné, comme je l’avais noté dans son dossier).

Heureusement que le cabinet est informatisé, ce qui me permet de retrouver facilement ce genre d’informations. Mais il est vrai aussi que je jouis d’une excellente mémoire, ce qui est un atout indiscutable dans l’exercice de la médecine. Les patients apprécient que leur médecin se souvienne des détails de leur parcours de santé, et, idéalement, du nombre de leurs enfants, voire du prénom de chacun. Mais là, cela relève carrément de la performance mémorielle.

Claude L. n’était pas très anxieux à propos de ce symptôme, mais nous avions convenu d’anticiper la coloscopie de contrôle, pour éliminer une récidive (*) du polype. Je l’avais renvoyé au gastro-entérologue qui s’était occupé de lui, qui est un vieux copain de fac. Il est un peu bourru, mais c’est un de mes meilleurs correspondants*, comme nous disons entre nous. Je sais que les patients ne comprennent pas toujours ce qu’est un correspondant. Ils ont tendance à penser que les médecins s’adressent leurs patients par pur copinage, voire par compérage*, alors que nous essayons toujours de les envoyer à des spécialistes compétents. Mais c’est tellement plus fluide quand nous connaissons le spécialiste en question, ne serait-ce que pour obtenir un rendez-vous rapide.

Si je m’en souviens bien, la consultation s’était déroulée à peu près de la manière suivante.

-Bonjour, cher ami. Qu’est-ce qui vous amène ?

-Bonjour docteur (je l’ai toujours appelé docteur, même si cet usage se perd un peu ; mais je ne me vois vraiment pas lui répondre « bonjour, cher ami »). Figurez-vous que je suis un peu inquiet car j’ai eu du sang dans les selles il y a quelques jours. Cela ne s’est pas reproduit, mais je n’aime pas beaucoup ça, d’autant qu’on m’a enlevé un polype du côlon il y a trois ans.

-Effectivement, je vois dans votre dossier que votre coloscopie de contrôle est prévue dans deux ans. Il serait peut-être plus sage que vous contactiez votre gastro-entérologue pour qu’il avance cet examen. Qu’en pensez-vous ?

-En fait j’en étais arrivé à la même conclusion. Je vais appeler sa secrétaire pour avoir un rendez-vous. J’espère que ce ne sera pas pour dans trois mois !

-Si vous avez du mal à obtenir un rendez-vous rapide, dîtes-le moi ; j’essayerai d’activer les choses.

-Merci docteur.

-Je vous prépare un courrier pour votre gastro ; il sera prêt demain. Tenez-moi au courant. Et ne vous inquiétez pas trop ; ce n’est probablement pas grand-chose. Au revoir.

*

J’ai donc pris rendez-vous avec mon gastro-entérologue, le Dr Jacques B. C’est lui qui m’avait fait ma première coloscopie de dépistage. Il est un peu distant et « pète-sec », mais il a une excellente réputation. Je suis maintenant en face de lui. C’est curieux, je ne souvenais pas qu’il avait une moustache. Peut-être est-elle récente ? C’est plutôt à la mode en ce moment. Lui aussi est ponctuel. Décidemment, c’est une qualité à laquelle je tiens probablement trop. C’est un peu absurde, car, en définitive, un peu de retard n’a pas vraisemblablement l’importance que j’y attache. On ne se refait pas.

Je suis le Dr B. Je n’étais certes « que » le gastroentérologue de C.L., dont on vient de m’apprendre le décès,  et, de ce fait, je ne participais plus vraiment à sa prise en charge depuis qu’il était en chimiothérapie, puis en soins palliatifs. Mais je le connaissais depuis le début de sa maladie, et sa mort m’attriste beaucoup.

D’habitude, je n’ai pas une grande mémoire des visages et des noms, car je vois défiler tellement de patients. Vive les dossiers bien tenus ! J’aurais certainement été nul comme politicien, avec toutes ces pognes à serrer, et à chaque fois l’obligation de retenir le nom qui correspond à la main que l’on serre ! Mais lui, il me serait difficile de l’oublier, d’une part du fait de son histoire médicale, d’autre part du fait de sa personnalité. La plupart des enseignants ont tendance à être des malades pénibles à gérer, mais pas lui. Pour le dire crûment, il n’était pas chiant comme peuvent l’être parfois les enseignants quand ils sont malades.

En fait, je l’avais vu trois ans auparavant dans le cadre d’un dépistage familial. J’avais réalisé une polypectomie endoscopique, et lui avais expliqué que, compte tenu de l’histologie favorable, la colo de contrôle ne serait à faire qu’au bout de cinq ans. Puis son médecin traitant, mon ami A. R., me l’avait adressé pour des rectorragies de découverte récente. On avait donc anticipé cette coloscopie, qui avait été réalisée sous hypnose*, qui était la nouvelle marotte de nos anesthésistes*. Cela dit, j’ai l’air d’en sourire, mais c’est quand même drôlement bien, cette technique. Et là, patatras, je suis tombé sur un cancer du sigmoïde, pas vraiment prévu.

En attendant le résultat de mes biopsies*, je lui avais annoncé qu’il avait un gros polype du sigmoïde, trop volumineux pour être retiré en coloscopie. Puis, après avoir reçu les résultats histologiques*, je lui avais parlé de polype cancéreux, et même d’adénocarcinome* si mon souvenir est exact.

Je l’avais ensuite orienté vers mon correspondant habituel en chirurgie carcinologique* digestive, mon ami B. G., qui travaille comme moi à la Clinique. Je lui fais totalement confiance, et si, un jour, une saloperie de ce type devait m’arriver, je lui confierai ma peau (et mon côlon) les yeux fermés.

Et puis j’ai suivi son parcours, d’une part grâce aux courriers que nous échangeons entre correspondants, et aussi par l’intermédiaire des réunions de concertation pluridisciplinaire* hebdomadaires auxquelles j’assiste aussi souvent que je le peux, bien qu’elles aient lieu tard le soir, quand tout le monde a fini sa journée. Les spécialistes libéraux*, du moins ceux qui marchent bien, ont des journées de travail à rallonge. Mais ces fameuses RCP sont une obligation à respecter pour prendre en charge des patients atteints d’un cancer.

J’enverrai un petit mot à sa femme, mais je ne la connaissais pas suffisamment pour que je me permette de lui présenter mes condoléances par téléphone.

Mais j’anticipe sur la suite de l’histoire Dans mon souvenir, notre rencontre initiale s’était passée à peu près de la manière suivante, dans les grandes lignes.

-Bonjour Monsieur L. Que puis-je pour vous ? (En fait, la lettre me dit pourquoi il vient, mais c’est une entrée en matière que j’utilise souvent, un tic de langage, en somme).

-J’ai eu il y a trois semaines une rectorragie unique. J’ai peur que le polype que vous m’avez retiré il y a trois ans ne soit revenu.

-Vous avez raison, c’est une éventualité  qu’il ne faut pas négliger. Je crois que le mieux, c’est que nous avancions la coloscopie de contrôle qui était prévue dans deux ans. Je préviens ma secrétaire, et vous allez voir tout cela avec elle. Elle  vous donnera à lire les recommandations de notre société savante sur les risques de la coloscopie, et le consentement* que vous voudrez bien rapporter signé lors de la consultation d’anesthésie. Vous verrez, cela n’a pas changé depuis la dernière fois. Ma secrétaire va vous prendre rendez-vous avec l’anesthésiste.

-Merci docteur.

-Au revoir Monsieur. On se revoit à la clinique pour la coloscopie.

*

J’ai donc rencontré l’anesthésiste, le Dr. Gilbert P.,  qui m’a proposé de faire ma coloscopie sous hypnose*. Ce n’est pas le même anesthésiste que lors de ma précédente coloscopie. Mais ce n’est pas grave, puisqu’il y a peu de chances que ce soit le même anesthésiste qui fasse la consultation et l’anesthésie proprement dite. C’est une question d’organisation, m’a-t-on expliqué. Celui-ci est assez jeune, mais semble déjà très professionnel ; après tout, c’est l’essentiel. Il me pose un certain nombre de questions, et note les réponses dans le dossier d’anesthésie*.  Il m’examine, puis m’ausculte* avec son stéthoscope : mon cœur et mes poumons vont bien, merci ! Heureusement que je n’ai jamais fumé. Comme je suis en bonne santé, je suis classé « ASA 1* » (la meilleure note en termes de « terrain* », me dit-il).

Je lui remets le consentement que m’avait la secrétaire du gastro-entérologue,  et que j’ai signé en vue de la coloscopie. Lui aussi me donne un consentement pour l’anesthésie. J’aurais l’occasion de revenir sur tous ces consentements, car mon parcours en sera émaillé.

Je suis un des anesthésistes de la clinique, et je vois en consultation un patient qui doit avoir prochainement une coloscopie par un de nos gastro-entérologues, le Dr B.

J’ai de la chance : enfin un patient en pleine forme, pour un acte simple, ce qui ne veut pas dire sans danger toutefois, même s’il est exceptionnel qu’il y ait un pépin anesthésique à l’occasion d’une coloscopie. Les autres patients de la consultation étaient tous plus ou moins difficiles (entre nous on dit « pourris » ; heureusement que les patients ne le savent pas !). Celui-ci ne fume même pas. Il semble un peu anxieux et surtout assez curieux ; il pose beaucoup de questions, mais c’est fréquent dans sa profession. Voici la réponse que je lui ai faite.

-Pour une coloscopie, on a le choix entre différentes modalités d’anesthésie. On peut faire une anesthésie générale, comme pour votre première coloscopie, ce qui est l’option la plus courante, mais dans cette clinique nous privilégions depuis peu l’hypno-analgésie, c’est-à-dire l’anesthésie par hypnose. Nous sommes tous allés nous former, et, quelque soit l’anesthésiste qui vous prendra en charge, vous pourrez bénéficier de cette technique. Il faut cependant savoir que tous les patients ne sont pas réceptifs, et qu’il n’est pas exclu que l’on passe en anesthésie générale en cours d’examen, si l’hypnose ne suffit pas.

-L’hypnose, pourquoi pas ? Je ne l’ai jamais expérimentée, mais je suis tenté. On m’en a parlé en bien. J’espère seulement que je serai réceptif, comme vous dîtes. Alors, allons-y pour l’hypnose.

-Je vous donne cette brochure à lire. Elle n’est pas mal faite, et vous aurez la

réponse à la plupart des questions que les gens se posent sur l’hypnose.

*

La coloscopie sous hypnose s’est bien passée. J’ai suivi scrupuleusement les prescriptions du gastro : régime sans résidus* pendant plusieurs jours et préparation colique* : il faut que mon côlon soit parfaitement propre (« nickel », comme on dit familièrement ; mais pourquoi  dit-on nickel ? Je chercherai sur Internet), pour qu’il puisse être sûr de tout voir correctement. Tout cela et assez désagréable, et même plutôt « chiant », ce qui est, pour une fois, le cas de le dire. La veille de l’examen j’ai pris une douche à la Bétadine, qu’il faudra renouveler le jour même, avant de partir à la clinique. Je suis attendu à 10 heures dans l’unité d’endoscopie* ambulatoire*, que je connais déjà. En fait, c’est exactement la même routine que la dernière fois. C’est ma femme qui m’accompagne et qui viendra me rechercher.

Arrivé au bloc d’endoscopie, je suis pris en charge par le personnel, qui vérifie une nouvelle fois mon identité. On se demande comment des erreurs sont encore possibles, tant il y a de contrôles. C’est à la fois inquiétant et rassurant. L’anesthésiste me demande dans quel lieu je souhaite me rendre pendant ma séance d’hypnose, pour m’y sentir à l’abri. Je choisis comme « lieu de sécurité » un parcours de golf. Heureusement que l’anesthésiste est lui aussi golfeur, ça va l’aider à m’accompagner dans ma « transe ». Sinon, comment aurait-il fait ? Il aurait dû improviser. Je suis maintenant sur mon parcours préféré ; ça peut commencer.

Entrée en scène du gastro-entérologue. Un coup d’œil sur le dossier : coloscopie pour rectorragie unique ; polypectomie il y a trois ans, risque faible. C’est une colo sous hypnose. C’est pas mal, cette nouvelle habitude qu’ils ont, nos anesthésistes, mais ça prend plus de temps. Heureusement qu’ils ne le proposent pas à tout le monde, nos « gaziers* », sinon les programmes n’en finiraient pas. C’est bon, on peut commencer l’examen, en silence (c’est un peu casse-couille, cette obligation de travailler en silence, moi qui aime bien pousser de temps en temps un bon petit coup de gueule). Le côlon est bien préparé, heureusement… Merde, une tumeur* du sigmoïde. Je ne m’y attendais vraiment pas, trois ans après la polypectomie. Il va falloir que je le lui dise. Ce n’est pas mon exercice favori. De toute façon, il faudra attendre l’histo.

Le gastro vient me voir avant la sortie, pour me faire part de ce qu’il a trouvé.

-Je suis tombé sur un volumineux polype du sigmoïde, trop gros pour être réséqué*. Je ne sais pas s’il est bénin* ou pas (en fait, je suis quasiment certain que c’est un cancer, mais je n’en ai pas la preuve histologique), il faudra attendre une dizaine de jours pour avoir les résultats des biopsies.

-Dix jours, autant dire une éternité ; pourvu que ce ne soit rien. On verra bien. Au revoir docteur, et merci ; j’attends l’appel de votre secrétaire pour les résultats.

Notes

Adénocarcinome : variété histologique la plus fréquente de cancer. Carcinome est synonyme de cancer, et le préfixe « adéno » (glande) indique que l’origine  de ce carcinome cancer se situe dans les glandes de la muqueuse de l’organe.

Ambulatoire : modalité d’hospitalisation qui ne comporte qu’une journée  de 12 heures maximum passée en établissement de soins. L’essentiel des actes de gastro-entérologie est réalisé en ambulatoire. Abrégé : ambu.

Ana-path : abréviation d’anatomo-pathologie (on peut dire aussi anatomie pathologique). S’applique pour parler aussi bien d’un examen, de la spécialité médicale ou du médecin qui l’exerce.

Anesthésie/Analgésie : l’anesthésie, c’est, stricto sensu, la perte de sensations, et l’analgésie la disparition de la douleur. Toute anesthésie, qu’elle qu’en soit la modalité, vise avant tout à l’analgésie temporaire permettant la réalisation d’un acte potentiellement douloureux. L’anesthésie peut être locale, locorégionale ou générale (les patients disent volontiers anesthésie totale).

Auscultation : contrairement à un usage fautif très répandu, ausculter n’est pas

synonyme d’examiner. L’auscultation consiste à écouter, à l’aide d’un stéthoscope, les bruits générés par le fonctionnement de certains organes comme le cœur ou les poumons.

Bénin/Malin : s’oppose à malin quand on parle d’une tumeur, malin étant synonyme de cancéreux. Attention au féminin : bénigne, maligne.

Biopsie : prélèvement d’un fragment d’une lésion en vue d’un diagnostic anatomo-pathologique.

Carcinologie : synonyme de cancérologie.

Coloscopie : examen du côlon réalisé à l’aide d’un endoscope souple, le coloscope. Souvent abrégé en « colo ».

Compérage : entente illégale entre deux médecins pour tirer bénéfice de l’adressage d’un patient de l’un à l’autre.

Consentement éclairé : document que l’on fait signer à un patient pour attester, en cas de besoin, qu’il a accepté l’acte qui lui a été proposé en toute connaissance des bénéfices attendus et des risques encourus. Le consentement est « éclairé » par les explications données par le médecin, que ces explications soit orales, écrites, ou les deux à la fois.

Correspondant : Notion qui fonctionne dans les deux sens : le spécialiste à qui un généraliste adresse un patient est le correspondant du généraliste ; tous les généralistes qui adressent des patients à un spécialiste sont les correspondants de ce dernier.

Dépistage : vise à faire le diagnostic le plus précoce possible d’une maladie existante. On distingue le dépistage de masse, qui s’adresse à tous les sujets à risque, et le dépistage individuel, pour les patients qui ont des antécédents familiaux de la maladie en question. Ne pas confondre avec prévention (prophylaxie), qui consiste à essayer d’empêcher l’apparition d’une maladie.

Dysplasie : en histologie, la dysplasie est une altération acquise d’un tissu à renouvellement rapide, qui peut évoluer vers le cancer.

Endoscopie : exploration du versant interne du tube digestif à l’aide d’un fibroscope. Les deux modalités essentielles sont la gastroscopie (endoscopie haute) et la coloscopie (endoscopie basse).

Expert : le mot est employé ici dans son sens courant de personne qui détient une expertise, un savoir. Il ne s’agit pas du titulaire d’un diplôme d’expertise médicale.

Gastro-entérologue : spécialiste des maladies digestives. Souvent abrégé en « gastro », diminutif également utilisé pour la gastro-entérite (la gastro).

Gazier : surnom familier des anesthésistes, qui manipulent des gaz médicaux.

Hémorroïdes : les hémorroïdes sont des organes normaux, situés dans le canal anal, source fréquente de symptômes divers. Hémorroïdes est, avec ganglion,  un des seuls mots du vocabulaire médical qui désigne à la fois un organe normal et la maladie de cette organe.

Histologie : étude des tissus au microscope, alors que la cytologie est l’étude des cellules. Histologie et cytologie font partie de l’anatomie pathologique, encore appelée anatomo-pathologie. Abrégé : l’histo.

Hypnose : activation, à l’aide d’une « transe », de la conscience virtuelle, utilisée à des fins médicales dans l’hypnose éricksonienne (du nom de son promoteur, l’américain Milton Erickson). La conscience virtuelle s’oppose à la conscience critique.

Hypochondrie : l’hypocondrie, ou trouble hypocondriaque, est un syndrome qui amène le patient qui en souffre à se croire gravement malade au moindre symptôme. Molière l’a très bien décrit dans son Malade imaginaire.

Libéral : un médecin libéral est payé à l’acte, contrairement à un médecin hospitalier, salarié de l’hôpital dans lequel il exerce.

Médecines alternatives : une des dénominations possibles des médecines non conventionnelles. On parle également de médecines complémentaires, de médecines douces, ou encore de médecines parallèles.

Polype : formation développée dans la lumière d’un organe creux, à partir de sa muqueuse. Les polypes du côlon et du rectum font le lit du cancer colorectal. Les polypes sont le plus souvent pédiculés (ils possèdent un pies), sinon il sont sessiles (à large base d’implantation).

Polypectomie endoscopique : résection d’un polype lors d’une coloscopie. Quand le polype ne possède pas de pied, mais une base d’implantation large, il s’agit d’une mucosectomie endoscopique.

Préparation colique : Technique qui consiste à laver l’ensemble du côlon pour que le gastro-entérologue puisse travailler sur un côlon propre, de manière à ne pas passer à côté d’une lésion. Elle peut se faire à l’aide de purges et/ou de lavements.

Récidive : Réapparition de la même maladie après un « intervalle libre ».

A différencier des métastases. Autre terme technique, peu employé : « rédux ».

Rectorragie : Présence de sang rouge dans les selles, témoignant a priori d’une hémorragie digestive de cause « basse », c’est-à-dire colique ou rectale.

Régime sans résidus : Régime qui met le côlon au repas en ne fabriquant qu’un minimum de selles, autrement dit le moins de résidus possible.

Résection : synonyme d’ablation, ou encore d’exérèse.

Réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) : Réunion régulière des différents acteurs de la cancérologie clinique pour discuter des dossiers de patients cancéreux et proposer des plans thérapeutiques. Le passage d’un dossier de patient cancéreux en RCP est une obligation médico-légale. 

Score ASA : Score universellement utilisé par les anesthésistes pour quantifier le risque anesthésique d’un patient. ASA signifie American Society of Anesthesiology.

Sens clinique : capacité d’un médecin à relier entre les symptômes du patient pour aboutir à un diagnostic. On pourrait rapprocher cette qualité de l’intuition.

Symptôme/Syndrome : Un symptôme, ou signe, peut être objectif, constaté par le patient et confirmé par le médecin (une rectorragie), ou subjectif, ressenti par le patient (une douleur). Un ensemble cohérent de symptômes est un syndrome.

Terrain : synonyme d’état général, ou encore de morbidité.

Tumeur : Terme assez générique qui s’applique aussi bien à une lésion bénigne comme un polype qu’à une lésion maligne comme un cancer. Cependant, le mot tumeur est souvent employé comme synonyme de cancer, comme c’est le cas ici.


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