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03 La maladie, les médecins et moi / A Le diagnostic 3: l'annonce du diagnostic

La maladie, les médecins et moi

Le parcours d’un patient 

Première partie: le diagnostic


 

Chapitre 3 : l’annonce* du résultat

La secrétaire du gastro vient de m’appeler. Le docteur B. a reçu les résultats, et il veut me voir pour en discuter, comme prévu. Non, elle ne peut rien me dire par téléphone. Je comprends, c’est normal, car ce n’est pas son rôle. J’ai rendez-vous demain en fin de journée, et je sens que je ne vais pas vivre jusque là. Putain, que cette attente est angoissante…

Je suis dans son cabinet. J’ai dû attendre un peu, car il me voit en plus des patients déjà inscrits à sa consultation. Il a l’air vaguement embarrassé de quelqu’un qui ne sait pas trop comment annoncer une mauvaise nouvelle. Après quelques périphrases faussement rassurantes, il finit par me dire qu’il y a de cellules cancéreuses dans mon polype, bref que j’ai un polype cancéreux, et plus exactement un adénocarcinome du sigmoïde. Je n’arrive pas à y croire : il doit y avoir une erreur. Et pourtant, il a le résultat histologique sous les yeux.

J’ai Monsieur L. dans mon cabinet, pour lui annoncer son résultat. Que je n’aime pas cet exercice ! Je ne sais jamais comment m’y prendre. Comme je lui avais dit, après la coloscopie, qu’il avait un gros polype non résécable par endoscopie,  je lui explique maintenant que son polype contient des cellules cancéreuses, en d’autres termes qu’il s’agit d’un polype cancéreux. Je précise même qu’il s’agit d’un adénocarcinome. Je ne donne pas toujours un diagnostic histologique aussi précis, car je pense que la plupart des patients ne sont pas à même de comprendre des termes aussi techniques. Mais lui fait partie des patients avec qui l’on peut employer des termes un peu complexes. Personnellement, j’ai du mal à dire à un patient « vous avez un cancer ». J’adoucis habituellement la mauvaise nouvelle en parlant de « polype cancéreux », mais au fond, est-ce qu’ils comprennent bien qu’ils ont un cancer ? J’ai tendance à penser que oui, mais, en réalité, je n’en suis pas tout-à-fait sûr. Ils finiront bien par le comprendre de toute façon, à moins d’être dans le déni*, comme cela arrive parfois, et même souvent, me semble-t-il.

-Docteur, ce n’est pas une très bonne nouvelle ! Qu’est-ce que je dois faire ?

-Il va falloir vous opérer, pour vous enlever cette tumeur. C’est une opération courante, qui se fait actuellement par cœlioscopie*.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

-Que vous n’aurez que de petites cicatrices. Mais le chirurgien vous expliquera tout ça mieux que moi.

-Et qui va me faire cette intervention ?

-Personnellement, j’adresse mes patients à opérer au Dr B. G., qui travaille à la clinique où je vous ai fait la coloscopie. Mais, en réalité, c’est à votre médecin traitant de choisir le correspondant auquel il souhaitera vous adresser. Mais si ça se trouve, ce sera le même que celui que je vous indique. C’est un bon spécialiste de la chirurgie colique. J’ai toute confiance en lui.

-Est-ce qu’il y a quelque chose à faire avant ?

-Oui, un certain nombre d’examens d’imagerie* ; c’est indispensable pour savoir comment on va vous traiter. Ma secrétaire va vous donner les numéros de téléphone pour que vous puissiez prendre les rendez-vous. Et puis, il faut que vous retourniez voir votre médecin traitant, pour qu’il fasse le nécessaire pour l’ALD.

-ALD ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

-Pardon ! Les médecins ont tellement l’habitude d’utiliser des sigles et des acronymes* obscurs. ALD, ça veut  dire affection de longue durée. Tous les frais inhérents au traitement de votre maladie seront pris en charge à 100%, sans ticket modérateur*. Attention, cela ne concerne malheureusement pas les dépassements d’honoraires*.

Moi qui ne suis jamais malade, j’appartiens désormais à la catégorie peu enviable des patients atteints d’une maladie chronique*. Bienvenue au club !     Il va falloir que je m’y fasse, mais je n’arrive toujours pas à y croire. Serai-je dans le déni ? Je suis tellement abasourdi que j’oublie de lui poser des questions essentielles, comme le pronostic* de cette saloperie. Tant pis, je regarderai sur Internet.

*

Rentré à la maison, je me précipite sur Internet pour y chercher fébrilement des informations. Commençons par le plus simple, l’anatomie, que je connais mal, certainement comme la plupart de mes contemporains. Qu’est-ce que ça peut bien être que le sigmoïde ? Je lis que c’est la partie terminale du côlon, située avant le rectum. C’est un début. Je cherche maintenant ce qu’est un polype cancéreux, mais je ne trouve rien ; ce n’est probablement pas une terminologie* médicale, mais une expression pour les néophytes. Je tape adénocarcinome colique, et les réponses sont tellement nombreuses que je ne sais pas sur quel site cliquer. Comment savoir en effet quels sont les sites sérieux ? Je sélectionne les sites de sociétés savantes* ; comme ça, j’aurai des réponses fiables. J’apprends donc que l’adénocarcinome du sigmoïde est la localisation au sigmoïde du cancer colorectal. Merde, pourquoi cet enfoiré de gastro ne m’a pas dit qu’il s’agissait d’un cancer ? Il m’a parlé, si je me souviens bien, d’un polype cancéreux, mais je m’étais focalisé sur le polype. En fait, je suis un peu de mauvaise foi, car en employant l’adjectif cancéreux, il a quand même parlé de cancer. Mais cela aurait probablement été plus clair d’apprendre de sa bouche que j’avais un cancer du côlon. Mais étais-je prêt à l’entendre ? Pas sûr.

Donc, j’ai un cancer, « ce mal mystérieux dont on cache le nom » comme le chantait Brassens, pour dire que, contrairement à la rumeur, il ne l’avait pas (alors qu’en réalité, il en est mort). Les gens disent volontiers « j’ai le crabe ». Je déteste cette expression populaire ; et pourtant, elle colle bien à la réalité puisque « crabe » est la traduction du mot latin « cancer », comme je l’apprends sur Internet !  C’est même incroyable que l’analogie d’aspect entre une tumeur du sein et un crabe ait été faite par le plus célèbre des médecins de l’Antiquité grecque, Hippocrate (460 – 377 av J.C.), celui-là même du fameux serment que prêtent les jeunes médecins à l’obtention de leur thèse !

Je regarde ce que le site dit du pronostic. J’apprends que le cancer colorectal est le plus fréquent de tous, qu’il est le plus souvent développé à partir de polypes, lesquels sont généralement héréditaires*, et que son pronostic est relativement favorable, puisque les chances de guérison*, tous stades* confondus, sont de 50%. Mais à quel stade en suis-je ? Comment connaît-on le stade ? Il faudra que je pose la question.

Si je fais abstraction du stade, que je ne connais pas encore, j’ai une chance* sur deux de guérir (version optimiste du verre à moitié plein), et un risque* sur deux d’en mourir (version pessimiste du même verre, cette fois-ci à moitié vide). Vivement que je connaisse mon stade, et que j’apprenne qu’il est favorable, pour passer d’une chance sur deux à deux sur trois.

Je jette un coup d’œil sur un forum de patients. Quelle misère, tous ces gens qui veulent faire partager leur expérience, comme si elle était transposable aux autres. On dirait de la téléréalité (là encore, je suis de mauvaise foi, car je ne regarde jamais aucune émission de téléréalité, mais j’imagine bien quelle nullité ce doit être !). C’est juré, je n’irai plus sur les forums, d’autant que je déteste le langage approximatif et les fautes d’orthographe de la plupart des internautes. Je songe aussi aux témoignages recueillis par les journalistes de télévision après une catastrophe : ils ne nous apprennent rien sur l’évènement ; en revanche, on sait tout des émotions du témoin. Aucun intérêt. C’est la société du spectacle, et je ne m’y fais pas vraiment. J’ai un peu de mal à être dans l’air du temps, bien que je sois loin d’être un vieillard !

Un des avantages souvent souligné de la profession d’enseignant, ce sont les vacances. Certains n’hésitent pas à dire que les enseignants sont toujours en vacances. Laissons dire. Et d’ailleurs, si je parle de vacances, c’est précisément parce que, cette semaine je suis en vacances. Je vais donc pouvoir m’atteler à la prise des rendez-vous pour ce que l’on appelle le bilan d’extension* (j’ai lu sur Internet ce que ça veut dire. C’est un peu glaçant comme expression). Malade chronique, c’est presque un job à plein temps ! J’essaie de faire un peu d’humour, mais en fait je suis la plupart du temps de mauvaise humeur depuis que je sais que j’ai un cancer. Je peste contre le délai que l’on me donne pour le scanner corps entier*, qui me paraît  trop long. Je me suis mis dans la tête que tout était devenu urgent. Le gastro m’a dit, pour me rassurer, que le cancer, « ça ne pousse pas comme les champignons après la pluie ». Soit. Est-ce la peur qui génère toute cette colère que je sens en moi ?  Il faudrait que j’arrive à être un peu plus serein. Facile à dire…

Je parle avec Marie de tout ce qui m’arrive. Jusqu’à présent, j’étais allé seul aux différents rendez-vous. Mais il est temps qu’elle sache. Comme toujours elle est merveilleuse. Quelle chance j’ai de l’avoir à mes côtés. Cependant, je fais tout ce que je peux pour ne pas trop l’inquiéter, car je la sais assez fragile. Il ne faudrait pas qu’elle craque, si je veux qu’elle tolère ma mauvaise humeur et qu’elle m’aide dans les moments d’angoisse. Il faut aussi que nous en parlions aux enfants, car ma maladie augmente leur risque personnel d’avoir un jour un cancer colorectal. Il faudra qu’ils pensent à se faire faire une coloscopie, mais sans urgence ; ils sont encore jeunes. Ils vont être catastrophés d’apprendre ce qui m’arrive. Je leur dirai que ce n’est pas la fin du monde, et que cela arrive à beaucoup de gens. Je leur dirai également qu’il n’est pas nécessaire qu’ils se déplacent, tout en sachant qu’ils n’en feront rien, et qu’ils seront là pour me soutenir au moment de la chirurgie. Pour parler sincèrement, leur absence me décevrait.

Je téléphone à mon médecin traitant pour lui dire que j’ai fait les examens demandés par le gastro-entérologue, que les résultats sont apparemment rassurants, et qu’il faut que je voie rapidement un chirurgien. Je lui demande à qui il pense m’adresser. Il me confirme le choix du gastro. Ce sera donc le Dr B. G. Il prépare un courrier à son intention, que je pourrais récupérer demain. Je téléphone au secrétariat du Dr G. J’ai de la chance, il y a un désistement vendredi prochain. Quelle barbe, il va falloir encore patienter quelques jours de plus. Mais ça aurait pu être pire.

*

Je suis maintenant dans le cabinet du Dr G., désormais « mon » chirurgien. Comme cela se fait de plus en plus, il consulte dans les locaux de la clinique où il opère, ce qui permet une unité de lieu beaucoup plus efficace que s’il avait un cabinet « en ville », comme c’était l’habitude naguère. Il a un beau bureau, dont j’aime bien la déco et le mobilier. Il n’a que peu de retard ; un bon point pour lui. Il a l’air attentif et chaleureux, mais pas expansif comme l’est mon médecin traitant. A vue de nez, son tempérament semble se situer à mi-distance de ce dernier, assez méridional, et de mon gastro, un peu trop « ours ». Chacun son caractère. Seule compte la compétence. Mais lui, il inspire d’emblée confiance par ce mélange d’assurance et de spontanéité. Je suis accompagné de Marie, ma femme.

Il a l’air plutôt sympathique, ce nouveau patient, se dit in petto le Dr G. Les courriers du médecin traitant et du gastro-entérologue m’apprennent qu’il a un cancer du sigmoïde. La routine. Enfin, pour moi, pas pour lui… Comme d’habitude, je vais essayer de voir ce qu’il a compris de sa maladie, en jouant le faux naïf. C’est ma technique habituelle.

-Bonjour Docteur.

-Bonjour Monsieur. Asseyez-vous, je vous en prie. Qu’est-ce qui vous amène ?

-Il paraît que vous devez m’enlever un gros polype du côlon.

-Un polype, vous êtes sûr ? Ce ne serait pas plutôt un cancer ?

-En fait, oui, c’est un cancer, mais j’ai tendance à vouloir l’occulter.

-Rassurez-vous, c’est une réaction normale. Puis-je vous demander votre profession ?

-Je suis professeur de philosophie. Mais pourquoi cette question ?

-Simplement pour adapter mon discours et mes explications à la situation de chaque patient.

Le reste de la consultation se passe en informations nombreuses et détaillées sur ma maladie, et l’opération que je vais devoir subir (au fait, pourquoi dit-on subir plutôt que bénéficier ? Bénéficier a une connotation nettement plus positive). Comme mon bilan d’extension est négatif, ce sera une colectomie cœlioscopique* avec rétablissement immédiat de la continuité*, et a priori sans stomie de décharge*. Je comprends que je n’aurai pas de « poche* », même provisoire. Il y a un risque faible de « conversion* » en laparotomie*, et des complications* toujours possibles.

Après l’intervention, quand il aura en mains mes résultats histologiques, il me les communiquera, cela va de soi, et il présentera mon dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire, dont il m’explique le principe, pour fixer les modalités de la suite de la prise en charge. D’emblée, il m’explique que ce sera, selon le stade histologique, soit une simple surveillance, soit une chimiothérapie* prophylactique*. Je me persuade que c’est la première hypothèse qui sera la bonne.

Ses explications sont claires bien qu’assez techniques. Quand je ne connais pas le sens d’un terme, il me l’explique en quelques mots simples, voire par un schéma. Comme je suis le dernier patient et que le courant semble bien passer entre nous, nous prolongeons un peu la conversation, à son initiative. Nous avons des goûts communs : la musique, la littérature, le golf, sport peu pratiqué par les enseignants, me dit-il. Il me fait une confidence qu’il fait rarement: les médecins redoutent comme la peste de soigner des enseignants ! Je suis surpris de cette mauvaise réputation. Il pense que c’est dû au fait que les enseignants sont vis-à-vis de leurs élèves en position de détenteurs du savoir, et qu’ils n’aiment pas se retrouver en situation d’élèves. J’espère ne pas être comme cela.

Il m’oriente vers sa secrétaire pour fixer le rendez-vous et pour tous les détails pratiques.

Il l’a gardé plus longtemps que d’habitude, ce dernier patient, se dit pour elle-même la secrétaire. Il a dû être bombardé de questions ! Du coup, je partirai en retard. Pas grave, je quitterai plus tôt demain. Ils ont l’air de former un couple uni, lui et sa femme, plutôt jolie et élégante, d’ailleurs. Nous fixons une date pour l’intervention. Il est assez cool, ce patient ; avec certains, ça met des plombes pour trouver une date qui leur convienne. Il faut une nouvelle « consult d’anesth », bien que la précédente date de moins d’un mois, car ce n’est pas la même intervention. Je lui donne toutes les infos écrites dont je dispose pour cette opération (il y a une brochure par type d’intervention). Pour les infos orales, je sais que mon patron lui a tout expliqué. Il fait toujours ça très bien. Je donne au patient le consentement, lui demande de le lire attentivement chez lui, et de le ramener signé lors de la consultation d’anesthésie. Je lui fais régler la consultation, avec le dépassement qui est annoncé en salle d’attente. Je lui parle du dépassement d’honoraires pour l’intervention, et lui donne le devis à ramener signé. Ce dépassement sera à régler au praticien, et non pas à la clinique. Il recevra une facture à la sortie.

Je taperai le courrier demain. Mon patron est très organisé pour le courrier : une réponse personnelle à chaque lettre ; ici, une pour le médecin traitant, une pour le gastro. Contrairement à beaucoup de ses confrères, il ne dicte jamais le courrier devant les patients. Il m’a expliqué que cela le mettait mal à l’aise. J’aime bien travailler avec lui, parce qu’il est très organisé. Je n’aime pas trop les médecins bordéliques.

Vraiment pro cette secrétaire, me suis-je dit, et plutôt mignonne, d’ailleurs. On sent qu’elle forme un bon tandem avec son patron. Sympa l’idée de ne pas faire signer le consentement tout de suite, sans avoir eu le temps de le lire, comme on doit le faire pour les mentions en très petits caractères des contrats d’assurance. Au fait, pourquoi consentement « éclairé » ? Je suppose que c’est parce que les infos qui m’ont été données par oral et par écrit suffisent à m’éclairer pour que je consente à me faire opérer par ce chirurgien.

Pour ce qui est des dépassements, je sais que ma mutuelle* n’est pas très généreuse, et que la plus grande partie sera pour ma poche. Cela dit, rien à reprocher : tout est annoncé en salle d’attente, j’ai un devis, j’aurai une facture, et, contrairement à certains artisans (et, malheureusement, à certains médecins, d’après ce que l’on m’a dit) on ne me demande pas de régler en liquide.

Les honoraires me semblent raisonnables, encore que je n’aie pas de point de comparaison. Est-ce qu’ils respectent « le tact et la mesure », selon la formule consacrée qui ne veut vraiment rien dire ? Je suppose qu’il n’existe pas de « comparateurs de prix » sur Internet. Quoi que, allez savoir…

*

Décidemment, dès que l’entourage sait qu’un proche doit se faire opérer, surtout d’un cancer, tous les casse-couilles bien intentionnés vous tombent dessus en rangs serrés pour vous proposer leurs services et leurs avis, quand ce n’est pas leur propre expérience. C’est tout juste s’ils n’envisagent pas de vous opérer eux-mêmes ! Il est vraiment difficile de résister à tant de gens qui ne veulent apparemment que votre bien. La famille, les amis, tout le monde s’en mêle. J’aurais mieux fait de garder ça pour moi. Encore heureux que je ne l’aie pas dit au travail ! Mais c’est trop tard, et le mal est fait.

Pour ne pas paraître trop discourtois vis-à-vis de mon cousin médecin, particulièrement insistant, j’accepte de prendre l’avis d’un grand ponte de CHU*, qu’il connaît personnellement (c’est toujours flatteur de paraître intime avec un professeur). J’y mets une condition, qu’il s’occupe lui-même du rendez-vous, et que celui-ci intervienne avant mon entrée en clinique. Pour accélérer le rendez-vous, il a fallu voir le professeur* « en privé* ». En gros, il m’a confirmé exactement ce que m’a dit G., qu’il connaît et  apprécie par ailleurs. Mais il ne m’a pas convaincu de changer de chirurgien, pas plus d’ailleurs que Marie, qui m’a accompagné pour me donner son impression. Mon chirurgien nous plaît davantage.

Et puis, ses dépassements d’honoraires me semblent astronomiques, à commencer par ceux qu’il me demande pour une simple consultation. Au diable mon cousin. Je devrais lui demander de me rembourser la consultation ! A propos de dépassements, pratique parfaitement légale si on en respecte les règles de transparence, et c’est le cas pour mon chirurgien, je ne comprends pas pourquoi certains de mes amis s’obstinent, malgré mes explications,  à parler de « dessous de table* », pratique évidemment condamnable. Qui sait d’ailleurs si le professeur ne m’aurait pas demandé de payer une partie de la somme en liquide (en contrepartie de quoi, au fait ? D’un petit rabais ?), au cas où je me serais fait opérer par ses soins ? Je ne le saurais pas.

Quand je reverrai mon chirurgien, est-ce que je dois lui parler de ce second avis ? D’un côté, il pourrait être flatté que je le choisisse à la place d’un grand patron ; de l’autre, cela pourrait le vexer, et ça m’embêterait. Comme toujours, dans le doute, il vaut mieux s’abstenir. C’est décidé, je ne lui en parlerai pas.

Notes

Acronyme : sigle qui se prononce de manière syllabique : SIDA est un acronyme, mais pas VIH, le virus qui en est responsable ; ALD non plus, mais beaucoup de gens, médecins compris, emploient  le mot acronyme en pensant qu’il est synonyme de sigle.

Annonce : les maladies graves et les « dommages associés aux soins » dont un patient a été victime doivent être annoncés de manière protocolaire. Pour le cancer, le diagnostic est annoncé par le médecin qui l’a posé. Ce diagnostic et tout ce qui en découle seront ensuite détaillés lors d’une consultation infirmière spécialisée, appelée « consultation d’annonce ».

Bilan d’extension : ensemble des examens, essentiellement d’imagerie médicale, qui permettent de connaître le stade clinique d’un cancer avant d’entreprendre son traitement.

Chimiothérapie : abréviation de chimiothérapie anticancéreuse. Ce terme désigne l’ensemble des médicaments destinés à lutter contre le cancer.

Chronique : s’oppose à aigu. Une maladie peut être chronique d’emblée, comme le cancer, ou succéder à une maladie aiguë qui n’a pas guéri, comme l’hépatite virale. On parle alors de passage à la chronicité. Certaines maladies chroniques, comme le cancer, peuvent guérir, d’autres pas, comme le diabète.

CHU/CHRU : Centre hospitalier universitaire. Il s’agit d’hôpitaux implantés dans des métropoles régionales (CHRU), adossés  à une faculté de médecine.

Cœlioscopie : Voie d’abord dite mini-invasive, permettant de réaliser des interventions abdominales avec de petits trous, dont l’un pour la caméra. Ce terme est à réserver à la chirurgie de la cavité péritonéale (la cavité cœliaque).

Colectomie cœlioscopique: résection du côlon par voie cœlioscopique. La colectomie pour cancer doit respecter les règles de la chirurgie dite carcinologique.

Complication : évènement non prévu (mais néanmoins prévisible) survenant en cours d’intervention, ou à son décours, dont on sait qu’il peut survenir, et que l’on cherche absolument à éviter. Ce terme s’emploie également pour les formes sévères de certaines affections (appendicite compliquée d’une péritonite par exemple).

Conversion : transformation peropératoire d’une cœlioscopie en laparotomie, en raison d’une difficulté imprévue qui rendrait dangereuse la poursuite du geste en cœlioscopie.

Déni : le déni de réalité consiste à ne pas vouloir, de manière non consciente, admettre un diagnostic ou une situation. Le déni fait également partie des phases du deuil. Le plus spectaculaire des dénis est le déni de grossesse.

Dépassement (ou complément) d’honoraires : les médecins exerçant dans le secteur dit à honoraires libres de la Convention médicale (secteur 2) sont autorisés à demander à leurs patients des honoraires en plus de ceux prévus et remboursés par l’Assurance maladie. Ils en fixent librement le montant, qui doit être connu à l’avance par le patient (affichage en salle d’attente).

Dessous de table : pratique illégale, et pas seulement en médecine, qui consiste à demander une partie des honoraires en liquide, pour échapper à l’impôt.

Guérison : une des modalités évolutives d’une maladie. Par convention, pour le cancer, on ne parle de guérison que cinq ans après le dernier évènement lié au cancer. Avant cinq ans, s’il n’y a pas de trace de maladie, on parle de rémission.

Héréditaire vs congénital : est héréditaire ce qui est transmis par les gènes. Est congénital ce qui existe à la naissance. Les maladies congénitales sont souvent héréditaires, mais pas nécessairement.

Imagerie médicale : nom actuel de la radiologie. Mais les spécialistes d’imagerie médicale restent des radiologues.

Laparotomie : ouverture de l’abdomen en vue de réaliser une intervention chirurgicale.

Mutuelle : on dit également « complémentaire santé ». Il s’agit d’organismes auxquels on cotise volontairement, pour améliorer le remboursement des soins de santé.

Professeur : spécialiste qui a une double casquette, hospitalière et universitaire. Professeur est un titre, que l’on garde pendant le reste de sa vie. Le nom actuel est PU-PH (professeur des universités-praticien hospitalier).

Pronostic : contrairement au diagnostic, le pronostic est une prévision (mais pas une prédiction) sur l’évolution d’une maladie ou d’un patient. On entend souvent l’expression consacrée « le pronostic vital est engagé », quand un patient est en danger de mort.

Prophylaxie : synonyme de prévention. La chimiothérapie prophylactique a l’ambition de limiter le risque de métastases après le traitement chirurgical d’une tumeur maligne.

Rétablissement de continuité : après résection d’un segment du tube digestif, le chirurgien se retrouve avec deux extrémités qu’il va devoir raccorder par une anastomose, ce qui rétablit la continuité de l’organe opéré. Dans certaines circonstances, cette anastomose va être protégée par l’abouchement  à la peau d’un segment intestinal sus-jacent, qui court-circuite provisoirement la suture digestive.

Risque/Chance : en statistiques, un risque est la probabilité qu’un évènement prévisible survienne. Si cet évènement est bénéfique, le risque peut être appelé « chance ».

Scanner corps entier : le scanner est un examen d’imagerie médicale qui utilise les rayons X. On peut faire des scanners ciblés sur une partie de l’organisme (scanner cérébral), ou de l’ensemble du corps (scanner corps entier).

Secteur privé : les praticiens hospitaliers peuvent bénéficier, sous certaines conditions d’utilisation, d’un secteur privé, dans lequel ils reçoivent des honoraires de leurs patients. Certains dépassements d’honoraires de secteur privé hospitalier sont nettement plus élevés que ceux qui sont pratiqués par les praticiens libéraux exerçant en clinique privée.

Société savante : chaque spécialité médicale dispose d’une société savante, destinée, entre autres, à organiser des congrès dans la spécialité en question ou à édicter des règles de bonne pratique. Une des plus connues est la SFAR, Société française d’anesthésie-réanimation, qui rédige et diffuse tous les protocoles d’antibioprophylaxie en chirurgie.

Stade : pour le cancer, il peut s’agir d’un stade clinique (localisé, locorégional ou généralisé), ou d’un stade histologique (classification TNM). Le pronostic, et donc les modalités thérapeutiques, dépendent du stade de la maladie. Pour le cancer, le principal critère de pronostic est la présence d’un envahissement ganglionnaire (stade histologique).

Stomie de décharge/Poche : abouchement à la peau d’un segment digestif sus-jacent à une anastomose, pour que celle-ci puisse cicatriser dans les meilleures conditions possibles. Les patients parlent volontiers de « poche ».

Terminologie : ensemble des termes techniques employés dans une discipline technique ou scientifique. La terminologie médicale est l’une des plus complexes. Les termes techniques médicaux sont destinés à être employés par les médecins pour les médecins, mais le commun des mortels y est confronté par nécessité.

Ticket modérateur : part des honoraires médicaux ou du prix d’un médicament qui  reste à la charge du patient, ou de sa complémentaire santé s’il en a une. On parle également de « reste à charge ». Pour une consultation médicale, le ticket modérateur est de 30% du prix de la consultation. Il n’y a pas de ticket modérateur pour les actes techniques, comme l’endoscopie ou la chirurgie, pris en charge intégralement par l’Assurance maladie.

 


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